Ce que REAL peut vous offrir

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13/10/2011

In this speech, given at the seminar "REALise your potential" held in Iasi in June 2010, Julian Serrano Heras sets out what REAL stands for and its position in relation to other federations and associations of language teachers.

Les associations de Professeurs de langues ont habituellement trois lignes d’action prioritaires :

  • La diffusion de la langue et de la culture ;
  • La revendication politique ;
  • L’actualisation et la formation des professeurs.

Elles correspondent bien avec les cinq objectifs définis dans les statuts de REAL :

  • La défense et la promotion de la diversité culturelle et du plurilinguisme ;
  • Une meilleure visibilité des enseignants de langues vivantes auprès des instances politiques nationales et européennes ;
  • Le développement des compétences pédagogiques par les échanges et les projets communs au niveau européen ;
  • Le développement des compétences européennes (meilleure connaissance des recommandations, des outils et des sources de financement disponibles au niveau européen) ;
  • Le développement de la mutualisation et des échanges de pratiques entre associations, en particulier pour garantir la pérennité des associations.

Les associations travaillent normalement dans un contexte très précis, restreint à un milieu géographique, social et politique déterminé et uniforme : la ville, la région, le pays… ou alors la langue et/ou la culture cible.

Le travail des associations est indispensable et aucune autre institution n’est en mesure de le remplacer. Je pense à ma petite association de Cuenca, avec une trentaine de membres cotisants dans une ville de 50 000 habitants, où il y a six lycées et trois écoles qui offrent le français comme matière à option (en Espagne, nos jeunes ne doivent étudier qu’une seule langue étrangère de façon obligatoire). Et bien, cette petite association mobilise tous les ans entre 2 000 et 3 000 personnes qui participent directement aux différentes activités qu’elle propose : concours, cinéma, spectacles (théâtre, contes…), festivals (de karaoké, par exemple), des ateliers de lecture en collaboration avec la bibliothèque publique…

Évidemment, on fait tout pour que ces activités touchent d’une façon ou d’une autre la quasi totalité de la population de la ville et de la province, car il est relativement facile, au niveau local ou provincial, d’impliquer les média pour produire un effet de diffusion important - à petite échelle bien sûr - mais efficace parce que fréquemment ces média locaux ou régionaux touchent facilement le grand public, qui est à la base de la conscience publique.

Si on pense à la dimension politique, ces associations ont plus ou moins d’influence suivant les différentes structures politiques de nos pays. Dans un pays fortement décentralisé comme l’Espagne, il y a des décisions qui sont liées à la communauté autonome et qui, alors, peuvent être influencées en certaine mesure par les actions de « petites » associations. Si non, et même dans ces cas-là, il faut la force de l’union pour avoir la présence suffisante et atteindre les autorités nationales ou supra-nationales.

Ce sont les autorités nationales qui font les politiques linguistiques de chaque pays, mais c’est l’Union Européenne qui devrait jouer un rôle harmonisateur pour diriger tous les systèmes éducatifs des pays membres vers la construction du citoyen européen ; un citoyen qui réponde aux besoins actuels et futurs de l’Europe. Ce citoyen devrait être, comme l’Union même, plurilingue.

Dans le domaine de la formation, les associations, grandes et petites, favorisent l’échange et la mutualisation d’expériences, de savoirs et de projets. Je pense à des séminaires, journées ou congrès que mon association, comme tant d’autres, organise pour contribuer de façon fondamentale à l’actualisation et à la formation des professeurs. Elles s’arrangent, avec leurs moyens et la collaboration de tout type d’institutions, pour avoir des financements, des locaux et des intervenants, et arriver où les autorités n’arrivent pas toujours. Parce qu’elles réunissent des professeurs, des chercheurs et des experts, les associations sont elles-mêmes les réseaux de formation les plus importants qui existent et, pourtant, elles ne sont pas suffisamment reconnues comme telles.

Tout ce travail, indispensable d’après moi pour les professeurs et pour la société, pourrait être considéré comme de simples anecdotes isolées, si chaque petit groupe (local, régional ou, même, national) restait dans son coin géographique, culturel ou linguistique.

De plus en plus, nous sommes confrontés à une réalité nouvelle qui s’impose et qui rend l’administration plus individuelle et plus globale à la fois, plus proche et plus lointaine, plus spécifique et plus générale. C’est le paradoxe de l’Europe, le paradoxe d’Internet, le paradoxe de la globalisation mondiale.

Connaître, vivre et travailler avec les voisins fait partie même de la nature humaine mais, aujourd’hui, nos plus proches voisins peuvent être très loin et nous pouvons trouver la réponse à nos intérêts à l’autre bout du monde comme à la porte d’à côté. Comme exemple, je peux raconter une anecdote : un ami qui habite à Paris, spécialiste et collectionneur de masques africains et tibétains cherche sur Internet une information sur des pièces qui l’intéressent. Il trouve un forum australien sur le sujet et décide d’y poser une question ; deux jours après, un canadien lui écrit pour lui dire : « le meilleur spécialiste en la matière se trouve à Paris, rue… ». Il se trouve que ce spécialiste habitait le même quartier parisien que mon ami.

On peut donc, aujourd’hui, faire le tour du monde, non pas en quelques jours, mais en quelques minutes.

Pour cela, il est nécessaire d’envisager des collaborations entre associations, qui étendent leur rayonnement, qui diversifient leur public et qui élargissent leurs horizons. Ainsi, l’existence de fédérations, nationales ou internationales, peut sans doute renforcer nos actions. En elles, on trouve à la fois l’appui, l’ouverture et, pourquoi pas, l’accès à des ressources dont l’accès serait beaucoup plus difficile à partir de petites structures.

Cela explique et justifie l’existence de plusieurs associations ou fédérations internationales, et même mondiales, comme la FIPF ou la FIPLV.

Je voudrais encore vous proposer un exemple, celui de la Fédération Internationale des Professeurs de Français, peut-être la plus grande et la plus emblématique de ces institutions ; en tout cas celle que je connais le mieux, car j’y travaille depuis pas mal de temps. Elle est présente sur tous les continents et elle rassemble plus de 70 000 enseignants, regroupés dans 165 associations, dont quelques fédérations nationales. L’action de la FIPF se manifeste dans beaucoup de domaines (publications, projets de coopération, congrès…). Je ne peux pas m’étendre en détails, mais je voudrais quand même vous dire le sentiment très spécial qu’un professeur de français d’une petite association du centre de l’Espagne éprouve quand il découvre ses mêmes intérêts et préoccupations chez une dame habillée en sari indien. J’ai eu dernièrement la chance de participer à plusieurs évènements internationaux et mondiaux de la FIPF et j’ai pu constater que la découverte de ce partage entre personnes ou groupes très différents renforçait extraordinairement la motivation et l’engagement des professeurs qui, venant de pays très lointains et de cultures très différentes, étaient fiers d’appartenir à une grande famille unie par des idées, des intérêts et, même, des sentiments communs.

Si l’appartenance à une famille mondiale donne un sens nouveau aux efforts des professeurs, pour être réellement efficaces, la coopération entre associations doit répondre à des objectifs et à des structures intermédiaires ; dans le cas de la FIPF, elle s’organise en commission régionales, qui correspondent plus ou moins aux continents. Pour l’Europe, la distribution a été faite lorsque la réalité européenne était divisée clairement en deux blocs et, maintenant, les deux commissions européennes de la FIPF cherchent des voies de rencontre et de coopération, parce qu’il est évident que l’Europe conforme de plus en plus une réalité spécifique, en même temps que très diversifiée, qui demande des institutions adaptées à cette nouvelle réalité.

A la différence de REAL, la FIPF et d’autres comme TESOL sont normalement limitées à une seule langue. La FIPLV, la grande fédération mondiale de professeurs de langues, n’a pas une structure qui réponde aux besoins des professeurs et des institutions européens, comme veut le faire REAL.

On pourrait penser qu’il est plus facile d’avoir ce sentiment commun, dont je parlais tout à l’heure, lorsque les intérêts sont précis, limités à une langue qui peut se sentir menacée, comme le français, ou qui se voit forte et en pleine croissance, comme l’anglais ou l’espagnol.

D’ailleurs, des fois, l’existence même de certaines associations se construit dans la rivalité face aux autres langues, car certains systèmes éducatifs se fondent ou favorisent la concurrence entre matières qui peuvent être considérées fondamentales, comme les langues. Dans ces situations, où se mêlent facilement les intérêts professionnels et personnels des professeurs, il est difficile de les convaincre que la collaboration peut et doit être le meilleur chemin pour la diversité des langues, aussi bien dans la vie que dans les systèmes éducatifs. 

Mais l’intérêt des professeurs est, avant tout, la formation de leurs élèves et, de plus en plus, l’intérêt et le futur des langues est d’après moi le plurilinguisme.

L’excessif parcellement des connaissances et des pratiques ne répond plus à la réalité qui nous entoure. Il est possible et nécessaire de partager des connaissances et des pratiques pédagogiques avec les collègues d’autres matières et l’intégration de compétences fondamentales dans le processus d’apprentissage de toutes les matières est devenue une priorité pour nos systèmes ; c’est le cas évident des disciplines non linguistiques enseignées en langue étrangère, qui sont de plus en plus présentes dans nos systèmes éducatifs et qui justifient une collaboration étroite entre professeurs et matières qui n’avaient jusque là aucun rapport entre eux. Cela devrait être encore plus évident si on parle de différentes langues qui coexistent et qui peuvent et doivent interagir pour obtenir de meilleurs résultats d’apprentissage et des objectifs sociaux de plus en plus ambitieux du point de vue du plurilinguisme. Des directives officielles européennes insistent sur la progression du plurilinguisme fondé sur l’apprentissage successif et coordonné de plusieurs langues.

Avec ces réflexions, je crois avoir parcouru un peu les idées qui aboutissent à la naissance de REAL :

  • Réseau, pour répondre au besoin de collaboration et partage des associations ;
  • Européen, pour préciser le cadre géographique et institutionnel que nous considérons réaliste et efficace ;
  • Associations, parce qu’elles sont les vrais acteurs dans la diffusion, la revendication et la formation des professeurs ;
  • Langues, au pluriel, parce que le plurilinguisme est la condition naturelle de l’homme et, bien sûr, de l’Europe.

Pour tout cela, REAL est en train de mettre en place tout un dispositif qui offre, à toutes les associations européennes de professeurs de langues, des outils pour mutualiser leurs efforts et leurs ressources.

Dans ce sens, tout au long de ce premier séminaire, nous avons mené une enquête pour mieux connaître les attentes et les préoccupations des cadres associatifs ici présents et nous voulons toujours être à l’écoute des demandes des associations et des professeurs.

Pour aller des réflexions générales vers les réalisations concrètes de REAL, je signalerai quelques projets directement en lien avec le titre de mon intervention, « Ce que REAL peut vous offrir » :

Le premier que je veux évoquer est déjà une réalité, grâce aux efforts de l’association roumaine MATE, et j’ai eu l’immense plaisir de le partager avec vous. Ce séminaire inaugure toute une série de rencontres d’associations et de professeurs, pour travailler ensemble et pour échanger des préoccupations, inquiétudes, doutes… mais aussi pour partager des espoirs et, bien évidemment, chercher des solutions. Nous sommes convaincus que la rencontre est la meilleure façon de créer des liens et que ces liens sont à la base de la réussite dans la construction d’une Europe réellement plurilingue.

Face aux rencontres (journées, séminaires, congrès…) liées à des aspects spécifiques d’une langue auxquelles je faisais référence un peu plus tôt, les rencontres REAL veulent s’ouvrir à la collaboration plurilinguistique et interculturelle. Dans ce sens, notre prochaine rencontre, prévue en Allemagne, aura pour thème l’intercompréhension.

Bien évidemment, à notre époque, les rencontres ne se font pas que par la coïncidence dans l’espace et dans le temps. Internet nous offre des possibilités d’échanges et de partages qui échappent à ces deux dimensions, surtout si l’on tient compte de trois caractéristiques fondamentales de notre structure :

  • La dispersion géographique ;
  • La diversité linguistique ;
  • Les possibilités financières des associations, toujours limitées.

Pour tout cela, nous accordons au site Internet REAL une importance fondamentale. Connaissant les difficultés pour l’entretien des sites de petites associations, l’avantage d’une grande structure est de pouvoir compter sur des personnes spécialement dédiées à son actualisation et à sa dynamisation.

Comme REAL, son site est un exercice de multilinguisme et de plurilinguisme et la diversité des associations membres sera toujours présente.

Même si REAL a une vocation européenne bien précise, il n’exclut pas l’ouverture à tous les professeurs de langues. Internet efface facilement les frontières et des projets restreints peuvent retentir mondialement. Je peux témoigner du rayonnement qu’un site comme celui de la Commission d’Europe de l’Ouest de la FIPF a eu pour le français au-delà de notre aire d’action : dans ce site de la CEO, nous avons une section dédiée à la publication d’articles écrits par des apprenants de français, c’est « le journal des élèves » et une étudiante luxembourgeoise a trouvé chez nous une voie de publication de ses poèmes ; un jour, nous avons été contactés par une maison d’éditions canadienne qui voulait utiliser quelques-uns de ses poèmes pour une publication.

Nous aimerions que le site REAL soit réellement un site de partage ouvert à tous les professeurs de langues européens. La différence fondamentale avec ce qui existe, c’est le partage diversifié, la pratique authentique du plurilinguisme.

Le fait d’appartenir à REAL doit permettre l’accès à des banques de données et de ressources plus facilement accessibles à l’intérieur d’une grande institution comme la nôtre.

De même, un annuaire et des facilités pour contacter différentes associations doit permettre aux membres de REAL de créer ou de participer à des projets de collaboration, de recherche ou d’échanges, aussi bien de professeurs que d’apprenants.

Notre site veut être un endroit de partage d’actualités et d’idées concernant les politiques linguistiques, la réflexion didactique ou les pratiques d’enseignement / apprentissage.

Dans ce sens, un premier pas sera donné avec la publication des contributions des six séminaires que le projet REAL a programmés d’ici la fin de l’année 2011.

Mais toutes les associations membres et les professeurs appartenant à ces associations seront des contributeurs de cet espace commun.

Puisque REAL naît avec la vocation d’être un interlocuteur direct de l’Union Européenne en matière de plurilinguisme, il doit être à l’écoute de tous ceux qui ont des choses à dire dans ce domaine et notre site sera ouvert à toutes ces contributions. Nous devrons donc assurer des liens permanents avec toutes nos associations et avec d’autres institutions, comme l’Observatoire Européen du Plurilinguisme.

Pour finir, je voudrais insister sur notre essence, la diversité qui nous enrichit et l’union qui nous rendra forts pour parler à l’Union Européenne.

 

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